Vent d'Yonne • Association à but non lucratif, loi 1901

Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

SAUVEGARDE DES ESPECES PROTEGEES

• Expertise ornithologique

1. Généralités

La zone de Clamecy constitue un passage du transit migratoire des grues cendrées et en même temps, du fait de la hauteur assez dégagée du site, une halte migratoire.

C’est fin octobre-début novembre que l’on peut observer et entendre ces bruyants voiliers dans le ciel morvandiau. Le cri puissant est un krou ou kru facilement identifiable. Les passages de quelques individus à quelques milliers venant de l’Europe du nord et de l’est survolent en diagonale la France pour regagner l’Espagne et le Portugal. La remontée vers le nord a lieu en février-mars par vagues successives. Les voyages sont diurnes ou nocturnes.
(tirés du livre de Daniel Sirugue : « les oiseaux en Morvan »)

Les grues cendrées en migration planent dans les courants ascendants liés aux échanges thermiques pour regagner de l’altitude avant d’entamer une phase de vol battu qui les conduira vers une nouvelle zone d’ascendance.
Le temps de réaction sera plus long en cas de vol plané pour modifier une trajectoire à la vue des éoliennes, surtout en nocturne ou par temps couverts et brouillards.
La migration post-nuptiale concerne environ 150 000 oiseaux durant 3 à 4 mois selon les années, de septembre à décembre, tandis que la migration pré-nuptiale est plus concentrée sur les mois de février à avril.

2. Analyse de l'étude d'impact ABO-WIND

Le rapport final d’expertise ornithologique du BET CAE daté de février 2009 confirme la présence de plusieurs ZNIEFF de type I et II dans et autour de la ZDE, ainsi qu’un site Natura 2000, selon la directive habitats (conservation des habitats naturels) – conseil des ministres de la Communauté européenne, daté du 21 mai 1992.
Le rapport confirme que la carte des enjeux avifaunistiques vis-à-vis du développement de l’énergie éolienne en Bourgogne, de la DIREN et de l’EPOB de août 2007 (non présentée dans le rapport), indique que la région de Clamecy est classé au niveau de sensibilité 3 – maximal – avec comme observation : projets d’éoliennes à éviter.


Le pré-diagnostic de la SOBA indique que les migrations des grues cendrées se font sur un couloir d’une largeur de 125 kms ; cependant, celui-ci convient de noter que 82% de l’effectif observé en 2007 transite dans un couloir de 30 kms de large, centré sur l’axe Clamecy/Sembrèves/Varzy/Germiny sur Loire.

De ce fait, la ZDE se situe bien sur l’axe principal de migration des grues cendrées dans la Nièvre (page 15), ainsi qu’aux migrations pré et post-nuptiales de beaucoup d’espèces rencontrées (pages 27 et 49).

Le rapport confirme que les oiseaux de taille importante, comme la grue cendrée, peuvent voler entre 200 m et 1500 m (page 27).

Nous avons noté de plus que la grue cendrée et le busard saint Martin possèdent un statut de protection particulier :
- D’après l’article I modifié de l’arrêté du 17/04/1981 fixant la liste des oiseaux protégés : « sont interdits en tout temps et sur tout le territoire métropolitain pour les spécimens vivants la destruction, la mutilation… »
- Directive oiseaux : directive n° 79/409/CEE du conseil du 02/04/79 concernant la conservation des oiseaux sauvages, annexe I : « espèces faisant l’objet de mesures spéciales de conservation, en particulier en ce qui concerne leur habitat (page 29).

En outre, d’autres espèces animalières présentent un statut de conservation particulière (voir page 54).

Nous avons relevé que d’après « oiseaux menacés et à surveiller en France » - 1999 – de Rocamora et Yeatman-Berthelot, les grues cendrées et le busard saint Martin sont classés sur la liste rouge des espèces menacées (page 30).
Nous avons également noté des passages migratoires des grues cendrées du 25/10/2008 au 07/12/2008, avec des vols supérieurs à 100 mètres. La bibliographie confirme que cette espèce peut voler plus bas, notamment lorsque la météo est mauvaise (brouillard ) – (page 54).
Nous constatons en outre que le rapport conduit à considérer l’ensemble de la ZDE comme présentant un intérêt FORT vis-à-vis des migrations post-nuptiales (page 55 – rapport ornithologique).

La conclusion de ce rapport demeure néanmoins sans liaison aucune avec le corps de l’étude bien documenté et présentant des sensibilités fortes. En effet, le rapporteur ne préconise aucune mesure, à l’exception d’un suivi ornithologique des espèces à protéger (page 81).
Nous constatons donc une volonté de sous-estimer l’impact, si bien qu’il est difficile de  comprendre le niveau d’enjeu pour ces espèces.
D’autres espèces d’oiseaux vont être touchés par ce projet : busard saint martin, cigogne noire, faucon pelerin, toutes visées à l’annexe I. Le retour de la cigogne noire est un des événements ornithologiques majeurs de ces dernières années, il s’explique en bonne partie par la protection de l’espèce en Europe ; la population européenne est d’environ 500 couples.

L’examen par la D.D.E.A. Nevers relève des observations pour insuffisance d’argumentations et de précautions concernant les grues cendrées. Il ressort de ce courrier que « pour pallier ces impacts, les éoliennes seront implantés parallèlement à l’axe migratoire », ce qui n’est pas le cas.
L’organisme a émis un avis favorable avec réserves.

« Cependant, certains arguments apparaissent moins convaincants que d’autres, comme l’intégration du couloir migratoire des Grues cendrées…il subsiste des discordances d’analyse sur le discours tenu sur les Grues cendrées… » (conclusion de l’Avis de l’Autorité Environnementale relatif à l’étude de l’étude d’impact, daté du 08 février 2010 et signé par le Préfet de la région Bourgogne, M. Galliard de Lavernée).

3. Examen du dossier d’enquête

Confirmation des enjeux forts concernant le couloir migratoire des grues et d’autres espèces (page 8 du DE), mais la conclusion affiche le contraire : « l’impact sur leur migration et leur population parait négligeable ». (page 32 du DE)

Nous sommes surpris de la pertinence de certaines affirmations : « …la zone d’étude ne constitue pas une zone de stationnement migratoire pour l’espèce. Alors, la présence du futur parc va inciter les grues cendrées à ne pas stationner sur le site ce qui limite les situations à risque». Ouf, sauvés !

Nous avons été également très intéressés par l’étude de la NABU (centre allemand de protection des oiseaux), traduits en anglais sur le site français de la LPO, mais étonnés que le dossier d’enquête énonce la découverte que le parc est situé perpendiculairement au corridor migratoire et non parallèlement.

Nous notons que la sté ABO-WIND s’engage en page 32 du DE « à mettre à l’arrêt les éoliennes lors des passages de grues cendrées », mais aucun mot sur les modalités conduisant à cette action.

Mais, si on arrête les éoliennes la nuit à cause du bruit, le jour à cause des grues, quand va-t-on produire de l’électricité ?

• Expertise chiroptérologique

1. Généralités

Il a été signalé depuis de nombreuses années que les éoliennes constituaient un problème pour certaines espèces animales. Elles peuvent avoir un impact négatif sur les populations de chauves-souris et leurs proies, notamment :
- la dégradation, le dérangement ou la destruction des habitats de chasse et des corridors de déplacement ;
- La dégradation, le dérangement ou la destruction des gîtes ;
- L’augmentation du risque de collision pour les chauves-souris en vol ;
- La désorientation des chauves-souris en vol par des émissions ultrasonores.

Les chauves-souris sont des espèces protégées par la Directive européenne Habitats et par la Convention de Berne.
Là où la présence de chauves-souris est avérée et où elles risquent d’être affectées par le développement, les autorités chargées de la planification territoriale doivent veiller à ce que les évaluations et les études écologiques soient réalisées aux périodes appropriées et par des personnes compétentes.
Les mesures d’atténuation possibles peuvent inclure des conditions, notamment la soumission d’obtention du permis de construire à l’acceptation de l’arrêt des turbines pendant les périodes critiques de l’année. Il existe en Allemagne, par exemple, des plans pour l’arrêt de certaines éoliennes pour des périodes variables entre mai et octobre. Les éoliennes seront arrêtées soit toute la nuit, soit la première moitié de la nuit et fin septembre/début octobre toutes les fins d’après-midi.
Les services chargés de l’aménagement du territoire peuvent réglementer la construction et le fonctionnement des éoliennes en fixant des conditions et/ou des obligations de planification.

Sélection du site :
Les éoliennes doivent être placées à distance des corridors étroits de migration des chauves-souris, ainsi que des gîtes et des zones de chasse et de reproduction où elles se regroupent.

Phase de construction et de démantèlement :
Les voies d’accès doivent être considérées comme des sources de dérangement ou de préjudice. La construction doit avoir lieu aux heures appropriées pour minimiser les impacts
de bruit, des vibrations, de l’éclairage et d’autres perturbations sur les chauves-souris.

Phase de fonctionnement :
Subordonner l’obtention des autorisations à certaines conditions, afin de limiter le fonctionnement des éoliennes pendant les périodes d’activité maximale des chauves-souris, telles que la période de migration automnale.

Toutes les considérations ci-avant sont tirées du document n°3 EUROBATS – lignes directrices pour la prise en compte des chauves-souris dans les projets éoliens – 2008.

C’est une équipe de chercheurs dirigée par Erin Baerwald de l’Université de Calgary au Canada qui a trouvé en 2008 la cause de la mortalité des chauves-souris à proximité d’éoliennes : une hémorragie interne provoquée par la chute soudaine de la pression de l’air à proximité des pales d’éoliennes, ce qui explique le nombre important de ces animaux tués près de ces structures.
Les chauves-souris vivent parfois plus de 30 ans et ont un  taux de reproduction assez faible (current biology, volume 18 n° 16 – août 2008)

2. Le site de Clamecy

Présence d’un SIC (Site d’Importance Communautaire) avec le réseau Natura 2000.
Dans tous les sites constitutifs de ce réseau, les états membres s’engagent à maintenir dans un état de conservation favorable les habitats et espèces concernées.

En fait, le site classé « Natura 2000 » référencé FR 2600970 SIC – pelouses calcicoles et falaises des environs de Clamecy, présente une diversité florales et animales classée, notamment avec les chiroptères d’espèces protégées :
- le grand rhinolophe (envergure 0,40m), espèce assez rare en Bourgogne,
- le petit rhinolophe (envergure 0,20m),
- le grand murin (envergure 0,40m).

Ces espèces sont vulnérables et menacées, notamment les rhinolophes et des mesures de protection des sites de reproduction et d’hibernation sont impératives pour sauvegarder le patrimoine chiroptérologique de la région.
Si la présence de ces mammifères est effective partout en France, en fait, leur population est en nette régression.

Ces mammifères chassent dès le crépuscule, l’aire de dispersion nocturne est très étendue et l’animal exploite en une nuit une surface de 2 km².
Animaux sédentaires, ils sont capables de parcourir quelques dizaines de kilomètres pour rejoindre le gîte d’hiver et le gîte d’été. L’hibernation dure de novembre à avril dans une cavité souterraine humide.


 

3. Analyse de l'étude d'impact de ABO-WIND

Il n’est relevé aucune précaution, ni mesure d’atténuation pour la sauvegarde du patrimoine chiroptérien, pourtant indispensable dans le secteur de Clamecy, dans le dossier « étude des chiroptères ».
Il est vrai qu’il n’existe aucun moyen pour sauvegarder ces animaux autre que l’arrêt des aérogénérateurs  durant les périodes de chasse et de reproduction.

Nous avons noté en page 11 de l’analyse des incidences de Natura 2000 de l’étude d’impact :

« Bien que le site Natura 2000 soit situé en dehors de l’aire d’étude immédiate, il a été répertorié en enjeux forts, correspondant à des habitats protégés ou non, ou à fonctionnalité importante, où toute implantation d’éoliennes est à proscrire ».

Les inconvénients de la présence des éoliennes sont dégagés à la page 37 de l’étude des chiroptères : « émission d’ultrasons (perturbations de l’écholocation) et perte de territoire de chasse par évitement de la zone ».
Malgré ces divers points, en conclusion de la page 15, nous voyons : « aucun impact du projet sur les espèces constituant la flore et la faune ayant défini le site Natura 2000 ».

Il n’est relevé en conclusion aucune précaution particulière pour la sauvegarde du patrimoine chiroptérologique dans le dossier « étude des chiroptères », si ce n’est un suivi post-implantatoire (page 43).
Nous déplorons les carences sur l’étude sur le chiroptère et des conclusions assez plates sur les faibles enjeux, peu convaincantes.

Pourtant, les éoliennes sont positionnées à 110 mètres de la lisière du bois de la Mare et à 80 mètres de l’allée principale traversière, le dossier d’enquête aurait souhaité des distances plus importantes telles que préconisées dans le rapport de la SFEPM (page 33 du dossier d’enquête).

« Cependant, certains argumentaires apparaissent moins convaincants que d’autres, comme l’absence d’incidences du projet sur les chauves-souris…une insuffisance d’analyse des enjeux liées aux chauves-souris… » (conclusion de l’Avis de l’Autorité Environnementale relatif à l’étude de l’étude d’impact, daté du 08 février 2010 et signé par le Préfet de la région Bourgogne, M. Galliard de Lavernée)

• Expertise florale

« …L’étude d’impact fournie au dossier est de bonne qualité avec notamment l’étude de 4 aires d’étude (lointaine, éloignée, rapprochée, immédiate).
Des inventaires des espèces animales et végétales présentes sur le site même du projet et dans la zone rapprochée ont été réalisés par des experts.

Ainsi, il a pu être mis en évidence de nombreux habitats présentant des enjeux forts et une fonctionnalité importante (landes, prairies de fauche, haies). Une espèce floristique (Orobranche du thym) protégée en Bourgogne a été également identifiée sur les pelouses. L’impact sur ces milieux étant important à fort, l’ensemble de ces habitats ont été exclus pour l’implantation des éoliennes... » (extrait du rapport SEFB daté du 21 décembre 2009).

Nous constatons néanmoins d’après la carte une implication des zones à enjeux forts dans la ZDE.

Ce plateau classé Natura 2000 est constitué d'un ensemble de milieux remarquables :

- Le Mont Martin situé au confluent de l'Yonne et de l'Armance présente un intérêt géomorphologique, spéléologique et écologique. L'opposition entre la végétation des versants nord et sud permet de rassembler sur un espace restreint des formations végétales peu courantes : pelouses sèches à Orchidées sur le versant sud avec de nombreuses espèces subméditerranéennes (Cephalanthère rouge, Limodore avorté, protégé en Bourgogne) et Tilliaie à Dentaire sur les éboulis calcaires de la face nord.

- Les Rochers de Basseville montrent aussi une opposition de versants avec des pelouses sèches à Orchidées et une chênaie pubescente sur versant sud et une hêtraie à Asaret (espèce rare dans la Nièvre et en limite orientale de répartition) versant nord. La grotte de l'Ermite accueille des Chauves-souris d'intérêt communautaire (Grand Murin, Petit et Grand Rhinolophe).

- La montagne de Saint-Aubin et le Cul du Loup se caractérisent par des zones à Buis très développées et probablement parmi les plus occidentales pour la Bourgogne. Des groupements pionniers à Saxifrage sont installés sur les rochers.

Les espèces végétales d'origine méridionale sont nombreuses sur les versants sud, certaines trouvent ici leur limite nord de répartition comme le Cytise couché. Une importante faune associée aux milieux thermophiles colonise aussi ces versants chauds (papillons, Lézard vert...).

A noter au niveau des forêts la présence de l'Alisier de Fontainebleau, espèce très rare atteignant en Bourgogne sa limite géographique sud.